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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 10:00
Je laisse l'écriture de cet article à Mathieu qui va parler de l'accordage Richter, bonne lecture !

Cet article est le premier d'une série d'articles consacrés aux accordages à l'harmonica, notamment symétriques.

merci de ne pas reproduire sans l'autorisation de l'auteur: mathieu[point]rajerison[at]gmail[point]com


L'accordage Richter
 

1-Structure de l'accordage richter
1.1 - Généralités
La structure de l'accordage richter diffère selon que l'on considère l'harmonica diatonique ou chromatique.
Les trois octaves d'un harmonica diatonique sont différentes. 
Chaque octave d'un harmonica chromatique possède la même structure que l'octave médium d'un harmonica diatonique.
Le piano et l'harmonica sont analogues sur le point de la disposition transversale des notes qui oblige à se déplacer de gauche à droite et inversement. Le piano possède des octaves identiques. A ce titre l'harmonica chromatique ressemble davantage au piano que l'harmonica diatonique.

1.2 - La gamme chromatique sur chaque type d'harmonica
Voici la configuration de la gamme chromatique sur un harmonica diatonique:
octave
grave
médium
aigue
aspirées


Db


Ab
10°
Db
1
D
2
G
3
B
4
D
5
F
6
A
7
B
8
D
9
F
10
A
1'
Db
2'
F#
3'
Bb
4'
Db

6'
Ab


2''
F
3''
A


3'''
Ab


soufflées

Eb


Eb

F#

Bb

1
C
2
E
3
G
4
C
5
E
6
G
7
C
8
E
9
G
10
C

8'
Eb
9'
F#
10'
B

10''
Bb


La voici sur l'harmonica chromatique. 
Seule la première octave a été représentée comme chaque octave est identique.
aspirées
=>1
Eb
=>1
F#
=>3
Bb
=>4
C
=>2
Eb
1
D
2
F
3
A
4
B
2
D
soufflées
=>1
Db
=>2
F
=>3
Ab
=>4
Db
=>1
Db
1
C
2
E
3
G
4
C
1
C

1.3 - Observations sur l'octave médium
Les notes sur un harmonica diatonique ne suivent pas de logique particulière, ce qui en fait un instrument dissymétrique. Ce n'est certes pas le seul instrument de ce type. 
Au niveau de l'octave médium, on remarque que le sens de la respiration suit l'alternance soufflé/aspiré sauf au niveau de la sixième. A cet endroit, le passage du La au Si se fait en aspirant. La conservation du sens de la respiration entre ces deux notes introduit une discontinuité dans l'alternance habituelle.

L'harmonica chromatique, du fait que ses octaves sont identiques, possède davantage d'élements de symétrie. 
On remarque qu'il possède un doublon au niveau du F, un triplet au niveau du C. Cette redondance peut être considérée comme contraignante mais certains joueurs apprécieront la multiplicité des accès à ces notes car cela rend possible certains raccourcis.

2-L'harmonica diatonique, un instrument polymorphe
Pour lire cet article, référez-vous aux schémas des gammes exposés au-dessus.

2.1 - Octaves
On peut constater que les octaves d'un harmonica diatonique sont de largeur différente.
L'octave grave s'étale sur trois trous, la médium sur 4, de même que l'aigue. La condensation des notes est plus forte sur l'octave grave que sur les autres.

2.2 - obtention des notes
hiérarchie des notes
Sur l'octave médium, au sein d'un même trou, passer d'une note soufflée à une note aspirée permet de passer à une note plus aigue alors que sur l'octave aigue, le contraire se produit. Sur l'octave aigue, la note située juste "au-dessus" se trouve dans le trou à côté. En quelque sorte, la hiérarchie des notes est basculée entre ces deux octaves.
L'octave grave, elle, est unique, du fait de sa structure à trois trous. Il est difficile de la comparer aux deux autres octaves. La compacité de l'octave grave induit l'utilisation fréquente d'altérations.

Modes d'obtention des notes
Sur un harmonica diatonique, on dénombre plusieurs types de modes d'obtention des notes:
-obtentions standardes: aspirées et soufflées
-altérations simples, doubles, triples (pour les notes aspirées)
-overnotes simples, doubles, triples, quadruples
En réalité, les overnotes sont une variante des altérations mais je les considèrerai ici comme un type d'altération à part entière.
Chaque mode d'obtention des notes nécessite un travail individuel de l'harmoniciste.

Débit
Une note grave nécessite un volume d'air plus grand qu'une note aigue.
Une notes altérée nécessite un débit plus fort qu'une note obtenue de façon standarde pour un même volume sonore.
Ainsi, le débit d'air sera différent selon la fréquence et le mode d'obtention des notes. 

Altérations
Les notes altérées s'obtiennent en aspirant dans l'octave médium, alors qu'elles s'obtiennent en soufflant dans l'octave aigue.
Dans l'octave médium, on effectue des overblows, dans l'octave aigue, des overdraws. Cete inversion est une conséquence du bousculement de la hiérarchie des notes décrite ci-dessus.
En quelque sorte, l'octave aigue d'un harmonica diatonique possède quelques caractéristiques d'un miroir de l'octave médium.
L'octave grave, elle, fait la part belle aux altérations standardes. A noter qu'il y est possible d'effectuer des overblows. Ces derniers provoquent des doublons, pratiques dans certaines situations.
Le jeu sur un harmonica diatonique nécessite de synchroniser plusieurs parties du corps: le diaphragme avec une succession de relâchements et de contractions, la langue, le cou ainsi que les mains. Cela en fait un instrument intensément "physiologique" d'une grande technicité, assez complexe à maîtriser.

2.3 - Configurations
Je considère ici la configuration d'une gamme comme l'enchaînement des notes, des plus graves aux plus aigues, en prenant en compte l'alternance du sens de la respiration, sans considération de la qualité d'obtention de ces dernières: standardes, altérées ou overnotes.

Hétérogénéité configurationnelle entre tonalités
Une même gamme dans une tonalité donnée n'aura pas la même configuration dans une autre tonalité.
Elle possèdera un enchaînement des notes unique ainsi qu'une proportion différente de notes altérées.

Superposons la gamme majeure dans la tonalité de Do et la gamme majeure en Fa#:
octave
grave
médium
aigue
aspirée


F#


F# 10°
F#
1
C 2
C 3
C,F# 4
C 5
C,F#
6
C 7
C,F# 8
C 9
C,F# 10
C
1'
F# 2'
F#
3'
F# 4'
F#
6'
F#

2''
C,F# 3''
C


3'''
F#

soufflées

F#

F#

F#
1
C
2
C 3
C 4
C
5
C 6
C 7
C
8
C 9
C 10
C

8'
F# 9'
F#
10'
C,F#

10''
F#
C et F# dans les cases correspondent à la gamme d'appartenance et non au nom de la note.

Cette superposition met bien en évidence les différences de configuration et de proportion en notes altérées entre ces deux tonalités.
Il y a une véritable hétérogénéité des configurations à l'harmonica si l'on considére l'ensemble des tonalités. Tout gamme d'une tonalité donnée possède une "forme", une "morphologie" unique.

Remarque: On voit que si l'on additionnait les notes de ces deux gammes, nous obtiendrions la gamme chromatique. On dit que les tonalités de C et de F# sont antipolaires. Toutes tonalités séparées d'un triton (écart de trois tons) ont cette caractéristique.


Hétérogénéité configurationnelle à l'intérieur d'une tonalité
Sur un diatonique, dans la mesure où la structure de chaque octave est unique, cette hétérogénéité inter-tonalités est démultipliée par l'hétérogénéité au sein-même d'une tonalité.
Une gamme majeure a une configuration différente dans chaque octave, en plus d'une différente dans chaque tonalité. 
Chaque gamme devra être travaillée indépendamment au niveau de chaque octave.
Au final, en considérant l'ensemble des tonalités au nombre de 12 et les configurations d'octaves au nombre de trois, si l'on souhaite maîtriser le chromatisme complet à l'harmonica chromatique, il faudra travailler 12*3 configurations différentes.

2.4 - Timbres
Diversité des timbres inter-tonale
Si l'on trouve que chaque mode d'obtention des notes induit des timbres différents et quand on sait que la proportion d'altérations standardes, overnotes diffère selon les tonalités, on peut alors penser que chaque tonalité possède une collection de timbres unique. Cela pourrait s'apparenter à une signature ou à une empreinte génétique qui caractériserait chaque tonalité. A l'unicité configurationnelle de chaque tonalité vient alors s'ajouter la singularité d'un timbre général appliqué à chaque tonalité.
Prenons exemple sur trois tonalités aux morphologies très différentes
-La gamme de C ne possède quasiment aucune altération comme vu plus haut
-La gamme de A ne possède presque que des notes altérées
octave
grave
médium aigue
aspirée


Db


Ab
10°
Db
1
D

3
B
4
D

6
A
7
B
8
D

10
A
1'
Db
2'
F#

4'
Db

6'
Ab



3''
A

  3'''
Ab
 
   
 
soufflées





F#



2
E

5
E

8
E



9'
F#
10'
B


Remarque: la gamme de A possède une forte dominance de notes aspirées, ce qui rend délicate la gestion de la quantité d'air intra-pulmonaire lors du jeu.

-Enfin, d'autres possèderont une forte proportion d'overnotes comme le F# vu plus haut

Des harmonicistes sensibles à ces différences de timbres exécuteront un solo sur une tonalité plutôt qu'une autre en fonction de leur exigence de rendu.
Sur des morceaux polytonaux, avec un seul harmonica, la "personnalité" du solo suivra les variations de tonalité. Imaginons par exemple un morceau où l'on passerait du C au F#; on basculerait d'une tonalité à forte proportion de notes standardes à une tonalité à forte proportion d'overnotes. Les différences de timbre pourraient être ressenties lors de ce basculement.

Diversité des timbres intra-tonale
Au sein d'une même tonalité, on peut considérer qu'il existe également une variation de timbres. L'octave grave, l'octave médium et l'octave aigue ne possèdent la même proportion de notes standardes, d'altérations et d'overnotes. L'octave grave possède surtout des notes altérées standardes. De même que chaque tonalité possèderait une collection de timbres unique, pour une une tonalité donnée, une octave possèderait une palette de sons bien particulière.
Dans un autre registre, on peut considérer que la condensation des notes de l'octave grave, la tentation d'effectuer des legatos à cause de la présence des altérations, infléchit une certaine dynamique des phrasés vers les octaves supérieures.

Cette diversité de timbres inter-tonale ainsi qu'intra-tonale participe à un certain polymorphisme de l'harmonica diatonique, apte à créer différentes ambiances, atmosphères. Cette richesse est le résultat d'une dissymétrie forte de l'instrument. Cela rend l'instrument complexe techniquement, difficile également au niveau de sa représentation (mentale), de son appropriation. L'hétérogénéité configurationnelle pourrait être considérée comme un handicap mais elle peut devenir un avantage pour qui la maîtrise, mais cela se fait au prix d'un travail considérable.

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Published by mathieu rajerison - dans Jazz
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commentaires

rougepied 02/04/2010 11:28


Unitonique ? En diato (ce que Seydel appel le Whole-Tone et qui nécessite un OB dans chaque trou) ou en chromatique ?

La version diato me tente. J’en est un de chez Seydel mais il n’est pas étanche et je n’ai jamais réussi à le régler correctement.

Bref, je suis curieux de lire son retour.


Nicolas 03/04/2010 18:01



en diato ou chroma ça ne change pas grand chose la configuration est la même !



Olivier.H 09/03/2010 20:58


Salut Matthieu !
Ton article est très intéressant .... on sent que tu as étudié cet accordage de très près ....!!
Tu joues toujours avec un Richter ou avec un Diminished ....??
J'espère pouvoir à nouveau t'entendre sur "MySpace" ou sur "YouTube" ....
A+
Olivier.H


Nicolas 11/03/2010 10:03


il joue avec un unitonique en ce moment, il nous fera un article sur cet accordage plus tard ;-)


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